La grande fête des archers

Chaque printemps, les rues d’une ville de Picardie, d’Île-de-France ou de Champagne se remplissent de drapeaux, de tambours et de milliers d’archers en tenue. C’est le Bouquet provincial, le plus grand concours populaire de tir à l’arc en France.

Une tradition de plus de six siècles

Le premier Bouquet provincial connu date de 1398, à Bapaume. À l’époque, une compagnie d’arc invitait toutes les autres compagnies de sa province à venir se mesurer à elle, d’où le nom de « Bouquet provincial ». Les compagnies étaient regroupées en « rondes » d’une trentaine de compagnies voisines, pour que chacune puisse rejoindre la fête en moins d’une journée de marche. La fête durait alors de trois à dix jours.

Quand l’arc a cessé d’être une arme de guerre, ces rencontres sont restées. Elles sont devenues une fête, à la fois populaire et solennelle. Depuis le XIXe siècle, elle se déroule sur une seule journée. Plus de 800 Bouquets ont été recensés depuis le Moyen Âge.

Depuis 2015, le Bouquet provincial est inscrit à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.

Une journée très codifiée

Le Bouquet a généralement lieu un dimanche de mai. Il est organisé par une compagnie d’arc volontaire, choisie par la Fédération Française de Tir à l’Arc. La compagnie ne pourrait pas réussir seule : la commune, les associations et les habitants sont aussi mobilisés. Les rues, les maisons et les vitrines sont décorées, notamment de fleurs en papier que les habitants préparent ensemble au cours de soirées conviviales. Autrefois, on dressait même dans les rues des arcs de triomphe fleuris, sous lesquels passaient les archers.

La journée suit ce programme :

  • La présentation des drapeaux. Au son du tambour de la compagnie organisatrice, chaque compagnie présente son drapeau et reçoit son numéro d’ordre dans le défilé. Les trois premiers numéros sont réservés :
    • n° 1 à la compagnie qui offre le Bouquet ;
    • n° 2 à celle qui le présente ;
    • n° 3 à celle qui le recevra l’année suivante.
  • La transmission du Bouquet : la compagnie qui a organisé le Bouquet précédent rappelle les valeurs de la fête. Elle remet ensuite le vase du Bouquet à la compagnie organisatrice de l’année.
  • Le grand défilé. Environ 3 000 archers, et parfois jusqu’à 4 000, traversent le cœur de la ville derrière leurs drapeaux, sur un parcours d’environ trois kilomètres. Toute la circulation est arrêtée pour laisser passer le cortège. Les rois, roitelets, connétables, empereurs et les capitaines portent leur écharpe. En tête du cortège, on porte trois symboles :
    • Le vase du Bouquet, porté par des jeunes filles en blanc. Au XIXe siècle, c’étaient des sculptures appelées « chefs-d’œuvre » ; aujourd’hui, ce sont des bouquets dans des vases de porcelaine peinte ;
    • Le vase de Sèvres, offert par le Président de la République, une tradition qui remonterait au règne de Louis-Philippe ;
    • La statue de saint Sébastien, patron des archers.
  • La messe des archers, célébrée en leur honneur. Elle est facultative pour les archers, mais le porte-drapeau de chaque compagnie doit de préférence y assister.

Le Grand Prix du Bouquet

Le Bouquet n’est pas seulement une fête. Il ouvre aussi une longue compétition. Dès le lendemain, commence le Grand Prix du Bouquet, qui se tire pendant trois à quatre mois. Près de 1 500 à 1 700 archers y participent en tir Beursault, sur une carte décorée propre à chaque Bouquet. Chaque compagnie envoie ses pelotons à la date convenue. La compagnie organisatrice accueille les archers, assure la présence des arbitres et tient les classements.

Les plus belles flèches sont récompensées par bons d’achat ou des sommes d’argent. Chaque type d’arc a son trophée :

  • Arc classique : le vase de Sèvres offert par le Président de la République, remis en général par le préfet.
  • Arc à poulies et arc nu : un vase offert par la Fédération Française de Tir à l’Arc.
  • Arc droit : la statue de saint Sébastien, gagnée pour sa compagnie.

Une fête ouverte à tous

Le Bouquet provincial est d’abord une fête de l’amitié entre compagnies. Il est ouvert à tous : archers, familles, habitants et curieux. Comme il change de ville chaque année, une commune peut attendre des décennies avant de l’accueillir à nouveau. Si vous avez l’occasion d’y assister, ne manquez pas cette fête : c’est un spectacle rare.